Pierre Abad, directeur de l'Institut Sophia Agrobiotech, reçoit le prix Gautheret de l'Académie des Sciences pour ses travaux de recherche.

Ce prix récompense l’ensemble de son travail sur la biologie du ver nématode parasite de plante et l’analyse de ses interactions avec la plante.

prix  Académie des  sciences  Pierre  Abad  2012. © inra, Christophe Maitre
Mis à jour le 22/01/2013
Publié le 22/01/2013

Signe des temps, ce prix récompense pour la première fois des recherches menées en santé des plantes. Initiés il y a plus de vingt ans, les travaux de l’équipe de Pierre Abad portent sur l’étude du dialogue moléculaire entre la plante et un ver microscopique, appelé nématode à galles, Meloidogyne incognita, capable d’attaquer la quasi-totalité des plantes cultivées comme la tomate, les grandes cultures céréalières, les arbres fruitiers,... Ces ravageurs, pour lesquels les méthodes de lutte chimiques sont de plus en plus réduites, sont responsables de dégâts extrêmement importants au niveau mondial. L’équipe de Pierre Abad étudie les deux partenaires de cette interaction et analyse les événements qui conduisent soit au développement de la maladie, soit à la résistance des plantes.
Au niveau du ravageur, l’idée est de comprendre comment ces nématodes parasites de plantes, ont pu au cours du temps, développer suffisamment d’armes pour pouvoir parasiter et manipuler, à son avantage, autant d’espèces de plantes différentes. On comprend alors que si ses gènes sont inhibés, le pouvoir du nématode à parasiter les plantes s’en trouvera largement diminué.
Ainsi, l’étude de l’arsenal de M. incognita montre qu’il a récupéré une panoplie importante de gènes de ses voisines, les bactéries du sol. Cette panoplie, unique chez les animaux pluricellulaires, lui permet de dégrader la paroi des cellules des plantes. Elle montre l’importance insoupçonnée jusqu’alors des transferts horizontaux de gènes dans le règne animal.    

Nématode à galles attaquant une racine d'Arabidopsis. © inra, Bruno Favery
Nématode à galles attaquant une racine d'Arabidopsis © inra, Bruno Favery

Lors du développement de la maladie, ce ver est capable de manipuler la plante, de stimuler les divisions des noyaux des cellules végétales tout en empêchant la division de celles-ci afin de créer des cellules d’une taille extraordinaire. Ces cellules géantes constituent un formidable réservoir de nourriture indispensable à ces parasites. Comprendre les processus impliqués dans la formation de ces cellules géantes vise à développer de nouvelles stratégies de lutte contre ces ravageurs en bloquant leur développement.

Les travaux de recherche portent également sur les réponses des plantes à ces agressions. En effet, celles-ci détectent les attaques, adaptent leurs défenses, émettent des signaux d’alerte, et sacrifient leurs cellules touchées. A l’heure actuelle, stimuler la résistance des plantes constitue une des alternatives de luttes efficaces et respectueuses de l’environnement.
Outre les applications agronomiques, le nématode, M. incognita, constitue aussi un réel outil d’étude du fonctionnement des plantes. En effet, ce ravageur met les plantes dans un état de stress tel que celles-ci développent des mécanismes physiologiques inhabituels. Cela permet de mieux connaitre certaines fonctions-clé et d’identifier de nouveaux gènes impliqués dans le développement des plantes.

PACA_PortraitPierreAbad. © inra, C. Slagmulder

En savoir plus

Portrait de Pierre Abad,
directeur de recherche à l’Inra et directeur de l’Institut Sophia Agrobiotech (UMR INRA/UNS/CNRS)

Après une thèse de l’université de Paris-XI Orsay et deux années de post-doctorat en génétique, Pierre Abad est entré en 1986 à l’Inra, en tant que chargé de recherche, à la Station de Nématologie et Génétique Moléculaire des Invertébrés d’Antibes. Au sein de cette équipe de zoologie qu’il dirigea dès 1993, il fit prendre à son laboratoire le virage des approches moléculaires, puis intégra très vite la dimension « plante » au sein des travaux de recherche de son équipe qui prit alors le nom « Interactions Plante-Nématode ».
Au début des années 2000, dans le projet Sophia Agrobiotech qui allait réunir, dans un même institut dédié au végétal, plus de 150 chercheurs de l’Inra, de l’Université de Nice - Sophia Antipolis et du Cnrs, Pierre Abad fut tout d’abord amené à définir une stratégie de recherche sur l’étude des mécanismes d’interaction entre les plantes et les microorganismes qui leur sont étroitement associés dans des relations parasitaires ou symbiotiques. Par la suite, et dans une vision plus intégrative il a eu en charge d’animer une politique de recherche sur la protection des plantes basées sur des approches agro-écologiques où les processus naturels des écosystèmes et des organismes associés sont utilisés pour mieux protéger les cultures.
Directeur de l’UMR IPMSV (Interactions Plantes-Microorganismes et Santé Végétale) en 2004 puis de l’UMR IBSV (Interactions Biotiques et Santé Végétale) en 2008, Pierre Abad est depuis le 1er janvier 2012, le directeur du nouvel Institut Sophia Agrobiotech (Inra, Université de Nice Sophia Antipolis, Cnrs) en charge de questions de recherche sur la santé des plantes et d’environnement.
Aujourd’hui, les méthodes alternatives de protection des plantes développées par l’Institut Sophia Agrobiotech reposent sur l’intégration d’approches dialoguant aux différents niveaux de connaissance : moléculaire, populationnel et agro-écologique.